Uploaded June 2025 | Updated September 2026, 5 days ago
Pour ce qui est de « Live and Let Die », l’homme qui tenait les rênes d’Apple records, à l’époque, s’appelait Ron Kazz, et je l’aimais beaucoup, on s’entendait très bien. Il connaissait quelqu’un qui était lié au responsable de la franchise des James Bond. Un jour, en octobre 1972, il m'a appelé. On a papoté et il m’a demandé : « Ça te dirait de faire la BO d’un James Bond ? » Et j’ai répondu : « Pourquoi pas, je pense que ça pourrait m’intéresser », en m’efforçant de cacher mon enthousiasme, bien sûr.
Se voir confier l’écriture du générique d’un James Bond, c’est quand même un grand honneur, une ambition que j’avais toujours nourrie en secret. Ron m’a appris que le film serait une adaptation de "Vivre et laisser mourir" de Ian Fleming. Le script n’était pas encore achevé, je me suis donc procuré le livre, un roman captivant qui se lit d’une traite. J’ai passé l’après-midi plongé dans la lecture, et quand je me suis installé pour composer la chanson, je savais par quel angle l’aborder. Je ne voulais pas verser dans le : « Tu as un flingue, alors va buter des mecs. Vie et laisse mourir. » Ça ne m’aurait pas ressemblé. Je voulais plutôt exprimer quelque chose du genre : « Lâche prise. Ne te morfonds pas pour ça. Quand tu as des problèmes, vis et laisse mourir, voilà tout. » Une fois cette idée en tête, le morceau a pratiquement été écrit d’une traite. J’ai lu le roman un samedi, il me semble, puis je me suis assis à mon piano dans le salon et j’ai passé le dimanche à mettre le tout en forme, avec l’aide de Linda pour le passage reggae. Tout s’est assemblé en deux temps trois mouvements.
Ensuite, j’ai apporté ma compo à George Martin, qui s’occupait de la bande originale du film. Je lui ai joué les accords, expliqué la structure du morceau et le riff central. Il fallait des explosions quelque part dans le morceau, je le savais, je lui ai laissé carte blanche pour les arrangements à la Bond. C’était la première fois qu’on travaillait ensemble depuis les Beatles, et ce fut un vrai bonheur. Sa partition, c’était du pur George : grandiose mais parfaitement dosée et assumée, sans jamais tomber dans la démesure. J’étais très content du résultat.
En ce temps-là, on gravait ce qu’on appelait un disque acétate, un pressage très restreint, et, muni de cet enregistrement, George est parti aux Caraïbes, où le tournage avait déjà commencé. Il avait également dans sa valise une petite platine pour faire écouter notre création à Cubby Broccoli, un des producteurs du film, qui a réagi comme ça : « C’est sympa, George. Pas mal, cette démo. L’enregistrement définitif est prévu pour quand ? » George a répliqué : « Mais c’est la version définitive. » Ils avaient cru que je composerais un morceau pour un autre interprète. Je n’avais pas l’impression que la chanson valait grand-chose comparé à certains des précédents thèmes de Bond, comme ceux de "Bons baisers de Russie" ou "Goldfinger", qui sont vraiment dans l’esprit Bond. Je n’étais pas certain que le mien l’était, qu’il supporterait la comparaison face à de tels classiques, mais pour beaucoup de personnes il fait partie des meilleurs générique de James Bond. À sa sortie il a fait un tabac, il s’est mieux vendu que tous les précédents, et il a été nominé pour l’Oscar de la meilleure chanson originale : « When you got a job / You got to do it well » (« Quand on te confie un boulot / Il faut le faire comme il faut ».
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
Pour ce qui est de « Live and Let Die », l’homme qui tenait les rênes d’Apple records, à l’époque, s’appelait Ron Kazz, et je l’aimais beaucoup, on s’entendait très bien. Il connaissait quelqu’un qui était lié au responsable de la franchise des James Bond. Un jour, en octobre 1972, il m'a appelé. On a papoté et il m’a demandé : « Ça te dirait de faire la BO d’un James Bond ? » Et j’ai répondu : « Pourquoi pas, je pense que ça pourrait m’intéresser », en m’efforçant de cacher mon enthousiasme, bien sûr.
Se voir confier l’écriture du générique d’un James Bond, c’est quand même un grand honneur, une ambition que j’avais toujours nourrie en secret. Ron m’a appris que le film serait une adaptation de "Vivre et laisser mourir" de Ian Fleming. Le script n’était pas encore achevé, je me suis donc procuré le livre, un roman captivant qui se lit d’une traite. J’ai passé l’après-midi plongé dans la lecture, et quand je me suis installé pour composer la chanson, je savais par quel angle l’aborder. Je ne voulais pas verser dans le : « Tu as un flingue, alors va buter des mecs. Vie et laisse mourir. » Ça ne m’aurait pas ressemblé. Je voulais plutôt exprimer quelque chose du genre : « Lâche prise. Ne te morfonds pas pour ça. Quand tu as des problèmes, vis et laisse mourir, voilà tout. » Une fois cette idée en tête, le morceau a pratiquement été écrit d’une traite. J’ai lu le roman un samedi, il me semble, puis je me suis assis à mon piano dans le salon et j’ai passé le dimanche à mettre le tout en forme, avec l’aide de Linda pour le passage reggae. Tout s’est assemblé en deux temps trois mouvements.
Ensuite, j’ai apporté ma compo à George Martin, qui s’occupait de la bande originale du film. Je lui ai joué les accords, expliqué la structure du morceau et le riff central. Il fallait des explosions quelque part dans le morceau, je le savais, je lui ai laissé carte blanche pour les arrangements à la Bond. C’était la première fois qu’on travaillait ensemble depuis les Beatles, et ce fut un vrai bonheur. Sa partition, c’était du pur George : grandiose mais parfaitement dosée et assumée, sans jamais tomber dans la démesure. J’étais très content du résultat.
En ce temps-là, on gravait ce qu’on appelait un disque acétate, un pressage très restreint, et, muni de cet enregistrement, George est parti aux Caraïbes, où le tournage avait déjà commencé. Il avait également dans sa valise une petite platine pour faire écouter notre création à Cubby Broccoli, un des producteurs du film, qui a réagi comme ça : « C’est sympa, George. Pas mal, cette démo. L’enregistrement définitif est prévu pour quand ? » George a répliqué : « Mais c’est la version définitive. » Ils avaient cru que je composerais un morceau pour un autre interprète. Je n’avais pas l’impression que la chanson valait grand-chose comparé à certains des précédents thèmes de Bond, comme ceux de "Bons baisers de Russie" ou "Goldfinger", qui sont vraiment dans l’esprit Bond. Je n’étais pas certain que le mien l’était, qu’il supporterait la comparaison face à de tels classiques, mais pour beaucoup de personnes il fait partie des meilleurs générique de James Bond. À sa sortie il a fait un tabac, il s’est mieux vendu que tous les précédents, et il a été nominé pour l’Oscar de la meilleure chanson originale : « When you got a job / You got to do it well » (« Quand on te confie un boulot / Il faut le faire comme il faut ».
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
![Charlie Chaplin - Scène des engrenages (Les Temps modernes)
De musiques improvisées par des musiciens directement dans les salles de projection (donc sans contrôle sur le résultat), Chaplin va –le cinéma sonore aidant– faire progressivement le choix de musiques quasi toutes originales. Il recrée d’ailleurs la bande musicale de films déjà existants comme La Ruée vers l’or (1925). Le compositeur David Raskin, qui collabore avec lui sur Les Temps modernes, relate comment se déroulent les séances de travail: “Charlie était en général armé de quelques phrases musicales… Nous révisions d’abord la musique qui conduisait à la séquence en question puis nous continuions avec de nouvelles idées. D’abord, je les notais; ensuite nous passions et repassions les séquences, en discutant les scènes avec de la musique. Parfois nous utilisions sa mélodie, ou nous la modifiions, ou l’un de nous en inventait une autre. Je dois dire que je commençais toujours par lui donner la priorité; non seulement c’était son film, mais je partais du principe que puisqu’à l’évidence, j’étais l’arrangeur, l’idée musicale était sa prérogative. […] Charlie et moi travaillions main dans la main. Parfois les phrases initiales étaient déjà assez développées, et parfois elles consistaient seulement en quelques notes, que Charlie sifflait, ou chantonnait ou jouait au piano… Le travail se poursuivait dans la salle de projection où Charlie et moi continuions à développer les idées musicales pour les faire correspondre avec ce qui se passait à l’écran […]. Nous avons passé des heures, des jours et des mois à faire défiler des scènes et des bouts d’actions, et nous nous sommes merveilleusement amusés à peaufiner la musique jusqu’à ce qu’elle soit exactement comme nous la voulions”. Charlie Chaplin - Scène des engrenages (Les Temps modernes)](https://i.ytimg.com/vi/IPbzCnErwuA/mqdefault.jpg)






![Paul & Linda McCartney - Uncle Albert / Admiral Halsey (1971)
L’oncle Albert travaillait avec mon père dans le négoce de coton. Papa était représentant de commerce, et l’oncle Albert occupait un poste un peu plus élevé. Ce qui est certain, c’est qu’il avait plus d’argent que nous, il habitait à Birkenhead, le quartier chic de Liverpool. […] Je suis presque certain que cette chanson exprime la nostalgie que je ressentais pour ma famille alors que j’habitais loin de Liverpool. Je ne voyais plus mes proches aussi souvent. J’y retournais certes pour le réveillon du Nouvel An mais, d’une manière générale, j’avais pris mes distances. La page était tournée. Mais de tous les Beatles, j’étais le seul à revenir de temps en temps. Les autres n’y retournaient presque jamais. Ici, j’imagine l’oncle Albert comme un personnage d’une saynète, et je me mets dans sa peau : je deviens un type huppé, arrogant : je ne suis plus le gamin de Liverpool que j’étais. Le changement d’accent suffit pour camper le personnage.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. Paul & Linda McCartney - Uncle Albert / Admiral Halsey (1971)](https://i.ytimg.com/vi/L9Ente3BSmM/mqdefault.jpg)

![The Beatles - When Im Sixty Four (1967 / animation)
Quand il s’agissait de « changer les plombs » (« mending a fuse »), on peut dire que j’avais le coup de main, je bricolais pas mal. À l’époque, dans les années 1950, la plupart des gens savaient réparer une prise ! Et les fusibles sautaient tout le temps. À 16 ans et des poussières, j’avais déjà à l’oreille une version aboutie de « When I’m Sixty-Four », de la mélodie du moins. C’était un de mes petits airs festifs, et à un moment où on était en quête de morceaux pour les Beatles, je me suis dit qu’y ajouter des paroles ne serait peut-être pas une mauvaise idée. La mélodie en elle-même a une légère touche music-hall. Ensuite, l’idée m’est venue que « soixante-quatre » (« sixty-four ») serait plus drôle que « soixante-cinq ».
[…] Un jour, j’ai rencontré une dame qui jouait du piano dans les maisons de retraite. Elle m’a fait un aveu : « Monsieur McCartney, j’espère que vous n’y verrez pas d’inconvénient : j’ai été contrainte de remplacer When I’m sixty-four par When I’m eighty-four, et parfois même When I’m ninety-four, pour m’adapter à mon public. » Aux yeux de ces personnes du troisième âge, soixante-quatre ans, ça paraît encore jeune. J’ai écrit cette chanson quand j’en avais vingt-quatre. Pour moi, à l’époque, un sexagénaire était un fossile. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’à cet âge-là, on est encore frais comme un gardon.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. The Beatles - When Im Sixty Four (1967 / animation)](https://i.ytimg.com/vi/LqijuolJwjU/mqdefault.jpg)
