Uploaded June 2025 | Updated September 2026, 5 days ago
Quand j’ai écrit « Let It Be », je faisais trop de choses en même temps, j’étais épuisé, et cela avait des conséquences. Le groupe, moi, nous étions tous dans une situation très compliquée, et il semblait n’y avoir aucune issue. Un jour, j’étais crevé, je me suis endormi : dans un rêve, ma mère (qui était morte précisément dix ans plus tôt) et venue me rendre visite. Lorsqu’on rêve de quelqu’un qu’on a perdu, et même si ça ne dure que quelques secondes, c’est comme si la personne était vraiment là, et comme si elle n’avait jamais cessé d’être là. J’imagine que quiconque a perdu quelqu’un de proche a ressenti cela, surtout peu de temps après la disparition. Aujourd’hui encore, je rêve de John et de George, je discute avec eux. Dans ce rêve, voir ma mère si belle, si sereine, me retrouver avec elle dans cet endroit tranquille, a été très réconfortant. Je me suis senti bien. Aimé, et protégé. Ma mère était quelqu’un de très rassurant et, comme beaucoup de femmes, c’est elle qui faisait en sorte que notre famille aille bien. Elle nous remontait le moral. Dans mon rêve, elle semblait très bien comprendre que je m’inquiétais pour ma vie présente et pour l’avenir qui se dessinait. Elle m’a dit : « Tout va bien se passer. Accepte qu’il en soit ainsi » (« Everything will be all right. Let it be »). Je me suis réveillé en me disant que ça ferait un très beau sujet de chanson.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
Quand j’ai écrit « Let It Be », je faisais trop de choses en même temps, j’étais épuisé, et cela avait des conséquences. Le groupe, moi, nous étions tous dans une situation très compliquée, et il semblait n’y avoir aucune issue. Un jour, j’étais crevé, je me suis endormi : dans un rêve, ma mère (qui était morte précisément dix ans plus tôt) et venue me rendre visite. Lorsqu’on rêve de quelqu’un qu’on a perdu, et même si ça ne dure que quelques secondes, c’est comme si la personne était vraiment là, et comme si elle n’avait jamais cessé d’être là. J’imagine que quiconque a perdu quelqu’un de proche a ressenti cela, surtout peu de temps après la disparition. Aujourd’hui encore, je rêve de John et de George, je discute avec eux. Dans ce rêve, voir ma mère si belle, si sereine, me retrouver avec elle dans cet endroit tranquille, a été très réconfortant. Je me suis senti bien. Aimé, et protégé. Ma mère était quelqu’un de très rassurant et, comme beaucoup de femmes, c’est elle qui faisait en sorte que notre famille aille bien. Elle nous remontait le moral. Dans mon rêve, elle semblait très bien comprendre que je m’inquiétais pour ma vie présente et pour l’avenir qui se dessinait. Elle m’a dit : « Tout va bien se passer. Accepte qu’il en soit ainsi » (« Everything will be all right. Let it be »). Je me suis réveillé en me disant que ça ferait un très beau sujet de chanson.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
![Paul & Linda McCartney - Uncle Albert / Admiral Halsey (1971)
L’oncle Albert travaillait avec mon père dans le négoce de coton. Papa était représentant de commerce, et l’oncle Albert occupait un poste un peu plus élevé. Ce qui est certain, c’est qu’il avait plus d’argent que nous, il habitait à Birkenhead, le quartier chic de Liverpool. […] Je suis presque certain que cette chanson exprime la nostalgie que je ressentais pour ma famille alors que j’habitais loin de Liverpool. Je ne voyais plus mes proches aussi souvent. J’y retournais certes pour le réveillon du Nouvel An mais, d’une manière générale, j’avais pris mes distances. La page était tournée. Mais de tous les Beatles, j’étais le seul à revenir de temps en temps. Les autres n’y retournaient presque jamais. Ici, j’imagine l’oncle Albert comme un personnage d’une saynète, et je me mets dans sa peau : je deviens un type huppé, arrogant : je ne suis plus le gamin de Liverpool que j’étais. Le changement d’accent suffit pour camper le personnage.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. Paul & Linda McCartney - Uncle Albert / Admiral Halsey (1971)](https://i.ytimg.com/vi/L9Ente3BSmM/mqdefault.jpg)

![The Beatles - When Im Sixty Four (1967 / animation)
Quand il s’agissait de « changer les plombs » (« mending a fuse »), on peut dire que j’avais le coup de main, je bricolais pas mal. À l’époque, dans les années 1950, la plupart des gens savaient réparer une prise ! Et les fusibles sautaient tout le temps. À 16 ans et des poussières, j’avais déjà à l’oreille une version aboutie de « When I’m Sixty-Four », de la mélodie du moins. C’était un de mes petits airs festifs, et à un moment où on était en quête de morceaux pour les Beatles, je me suis dit qu’y ajouter des paroles ne serait peut-être pas une mauvaise idée. La mélodie en elle-même a une légère touche music-hall. Ensuite, l’idée m’est venue que « soixante-quatre » (« sixty-four ») serait plus drôle que « soixante-cinq ».
[…] Un jour, j’ai rencontré une dame qui jouait du piano dans les maisons de retraite. Elle m’a fait un aveu : « Monsieur McCartney, j’espère que vous n’y verrez pas d’inconvénient : j’ai été contrainte de remplacer When I’m sixty-four par When I’m eighty-four, et parfois même When I’m ninety-four, pour m’adapter à mon public. » Aux yeux de ces personnes du troisième âge, soixante-quatre ans, ça paraît encore jeune. J’ai écrit cette chanson quand j’en avais vingt-quatre. Pour moi, à l’époque, un sexagénaire était un fossile. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’à cet âge-là, on est encore frais comme un gardon.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. The Beatles - When Im Sixty Four (1967 / animation)](https://i.ytimg.com/vi/LqijuolJwjU/mqdefault.jpg)


![Archers of Loaf (Peel Session 1994)
Groupe de rock américain actif entre 1991 et 1998, Archers of Loaf fait partie, avec Superchunk et Polvo, des groupes phare de Chapel Hill (Caroline du Nord), scène populaire au début des années 90. Musicalement pourtant, avec ses structures de chansons peu académiques, ses paroles abstraites, sa production lo-fi et ses guitares dissonantes, Archers of Loaf pourrait se rapprocher de Pavement. À noter que c’est la chanson “South Carolina”, deuxième piste de cette Peel Session, qui leur a permis de décrocher un contrat avec un label indépendant californien.
L’enregistrement complet de la session d’Archers of Loaf pour l’émission de John Peel sur Radio 1 a eu lieu le 20 mars 1994 dans les studios de la BBC pour une diffusion à l’antenne le 23 avril de cette même année. Tracklist: 1. Backwash (à 0’40), 2. South Carolina (à 4’40), 3. I’ll Never Think Of You Again [Freezing Point] (à 8’42), 4. Revenge (à 13’41).
© commons.wikimedia.org / Christopher March Archers of Loaf (Peel Session 1994)](https://i.ytimg.com/vi/N7h9cspU6Es/mqdefault.jpg)


![The Fireman - Nothing Too Much Just Out Of Sight (2008)
Cette chanson a été composée pour The Fireman, un truc que je faisais à côté. Un ami producteur de musique nommé Youth (Martin Glover de son vrai nom) participait au groupe Killing Joke. Il avait fait un remix dune de mes chansons plusieurs années auparavant. Il marrive souvent de donner un morceau à quelquun pour quil men propose une autre version. Youth et moi sommes devenus potes. Un jour, je lui ai dit : Viens me voir dans mon studio, quon essaie de faire quelque chose ensemble.
On a beaucoup improvisé, cétait super excitant. Jadore travailler de cette façon. Évidemment, ça ne peut pas marcher si on essaie décrire quelque chose comme Lady Madonna ou Elenanor Rigby. De telles chansons ne viennent pas dun seul coup quand on est en studio : il faut un peu de discipline. Cest ainsi que Youth est venu me voir et on a lancé ce projet. On avait décidé de sappeler The Fireman (le pompier) et on a sorti notre premier album, Strawberries Oceans Ships Forest, en 1993 : cétait de lambiant trance. Un peu comme si Youth était encore là à laube en train de mixer. On a sorti le disque et il ne sest à peu près rien passé, ce qui était plus ou moins notre ambition. Certaines personnes pensent que mon but dans la vie est de sortir des titres qui se classent en tête des ventes, mais en réalité jadore les projets underground, ceux que le public ne trouvera quen fouinant. Cest qui, The Fireman ? On répondait : Aucune idée. Lanonymat, cest vraiment cool, et ça permet de rester libre.
[...] En 2008, pour le troisième album, celui où figure cette chanson, Youth mavait demandé : Dis donc, Paul, et si tu chantais un peu ? Javais répondu : Bof, jai pas de mots qui me viennent à lesprit. Il mavait regardé dun air entendu, lair de dire : Allez, tu peux le faire !, et jai pensé : Tas gagné, je me lance. Jai déclaré à tous les gens qui étaient dans la pièce, les gens de léquipe, lingé son : Bon, alors je vous préviens, je ne sais pas du tout ce que ça va donner, ça pourrait être très gênant. Peut-être le moment le plus gênant de toute ma carrière devant un micro.
Javais lidée dutiliser lexpression de mon ami Jimmy Scott, nothing too much just out of sight, et on est tombé daccord, cétait un bon point de départ. Il me restait à me mettre au micro. On avait du matériel déjà enregistré sur lequel jallais faire la voix - la batterie super insistante et la guitare slide avec distorsion - et je savais quil allait falloir que je crie un peu.
Normalement en studio, je sais à peu près ce que je dois chanter, mais là ce ne fut pas le cas. Javais gribouillé deux ou trois trucs sur un bout de papier et je métais lancé en attendant de voir si linspiration venait. Dhabitude, quand je chante, je dois me contraindre à suivre une rythmique et une métrique que jai moi-même fixés. Là, à linverse, le flux de conscience nétait absolument pas limité, le résultat ressemble à un poème de la Beat Generation. Je lai enregistré en très peu de prises. Jétais en roue libre, je criais en essayant de trouver quelques rimes au passage. Quand on commence à écrire quelque chose, on se dit toujours : Allez, je peux faire mieux que ça, mais là, comme tout fonctionne par association didées, cest impossible de préparer quoi que ce soit. On peut juste partir de la première poignée de rimes.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. The Fireman - Nothing Too Much Just Out Of Sight (2008)](https://i.ytimg.com/vi/O1nglXDjfPc/mqdefault.jpg)

