Uploaded October 2025 | Updated September 2026, 5 days ago
Cette chanson a été composée pour The Fireman, un truc que je faisais à côté. Un ami producteur de musique nommé Youth (Martin Glover de son vrai nom) participait au groupe Killing Joke. Il avait fait un remix d'une de mes chansons plusieurs années auparavant. Il m'arrive souvent de donner un morceau à quelqu'un pour qu'il m'en propose une autre version. Youth et moi sommes devenus potes. Un jour, je lui ai dit : "Viens me voir dans mon studio, qu'on essaie de faire quelque chose ensemble".
On a beaucoup improvisé, c'était super excitant. J'adore travailler de cette façon. Évidemment, ça ne peut pas marcher si on essaie d'écrire quelque chose comme "Lady Madonna" ou "Elenanor Rigby". De telles chansons ne viennent pas d'un seul coup quand on est en studio : il faut un peu de discipline. C'est ainsi que Youth est venu me voir et on a lancé ce projet. On avait décidé de s'appeler The Fireman (le pompier) et on a sorti notre premier album, "Strawberries Oceans Ships Forest", en 1993 : c'était de l'ambiant trance. Un peu comme si Youth était encore là à l'aube en train de mixer. On a sorti le disque et il ne s'est à peu près rien passé, ce qui était plus ou moins notre ambition. Certaines personnes pensent que mon but dans la vie est de sortir des titres qui se classent en tête des ventes, mais en réalité j'adore les projets underground, ceux que le public ne trouvera qu'en fouinant. "C'est qui, The Fireman ?" On répondait : "Aucune idée". L'anonymat, c'est vraiment cool, et ça permet de rester libre.
[...] En 2008, pour le troisième album, celui où figure cette chanson, Youth m'avait demandé : "Dis donc, Paul, et si tu chantais un peu ?" J'avais répondu : "Bof, j'ai pas de mots qui me viennent à l'esprit". Il m'avait regardé d'un air entendu, l'air de dire : "Allez, tu peux le faire !", et j'ai pensé : "T'as gagné, je me lance". J'ai déclaré à tous les gens qui étaient dans la pièce, les gens de l'équipe, l'ingé son : "Bon, alors je vous préviens, je ne sais pas du tout ce que ça va donner, ça pourrait être très gênant. Peut-être le moment le plus gênant de toute ma carrière devant un micro".
J'avais l'idée d'utiliser l'expression de mon ami Jimmy Scott, "nothing too much just out of sight", et on est tombé d'accord, c'était un bon point de départ. Il me restait à me mettre au micro. On avait du matériel déjà enregistré sur lequel j'allais faire la voix - la batterie super insistante et la guitare slide avec distorsion - et je savais qu'il allait falloir que je crie un peu.
Normalement en studio, je sais à peu près ce que je dois chanter, mais là ce ne fut pas le cas. J'avais gribouillé deux ou trois trucs sur un bout de papier et je m'étais lancé en attendant de voir si l'inspiration venait. D'habitude, quand je chante, je dois me contraindre à suivre une rythmique et une métrique que j'ai moi-même fixés. Là, à l'inverse, le flux de conscience n'était absolument pas limité, le résultat ressemble à un poème de la Beat Generation. Je l'ai enregistré en très peu de prises. J'étais en roue libre, je criais en essayant de trouver quelques rimes au passage. Quand on commence à écrire quelque chose, on se dit toujours : "Allez, je peux faire mieux que ça", mais là, comme tout fonctionne par association d'idées, c'est impossible de préparer quoi que ce soit. On peut juste partir de la première poignée de rimes.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
Cette chanson a été composée pour The Fireman, un truc que je faisais à côté. Un ami producteur de musique nommé Youth (Martin Glover de son vrai nom) participait au groupe Killing Joke. Il avait fait un remix d'une de mes chansons plusieurs années auparavant. Il m'arrive souvent de donner un morceau à quelqu'un pour qu'il m'en propose une autre version. Youth et moi sommes devenus potes. Un jour, je lui ai dit : "Viens me voir dans mon studio, qu'on essaie de faire quelque chose ensemble".
On a beaucoup improvisé, c'était super excitant. J'adore travailler de cette façon. Évidemment, ça ne peut pas marcher si on essaie d'écrire quelque chose comme "Lady Madonna" ou "Elenanor Rigby". De telles chansons ne viennent pas d'un seul coup quand on est en studio : il faut un peu de discipline. C'est ainsi que Youth est venu me voir et on a lancé ce projet. On avait décidé de s'appeler The Fireman (le pompier) et on a sorti notre premier album, "Strawberries Oceans Ships Forest", en 1993 : c'était de l'ambiant trance. Un peu comme si Youth était encore là à l'aube en train de mixer. On a sorti le disque et il ne s'est à peu près rien passé, ce qui était plus ou moins notre ambition. Certaines personnes pensent que mon but dans la vie est de sortir des titres qui se classent en tête des ventes, mais en réalité j'adore les projets underground, ceux que le public ne trouvera qu'en fouinant. "C'est qui, The Fireman ?" On répondait : "Aucune idée". L'anonymat, c'est vraiment cool, et ça permet de rester libre.
[...] En 2008, pour le troisième album, celui où figure cette chanson, Youth m'avait demandé : "Dis donc, Paul, et si tu chantais un peu ?" J'avais répondu : "Bof, j'ai pas de mots qui me viennent à l'esprit". Il m'avait regardé d'un air entendu, l'air de dire : "Allez, tu peux le faire !", et j'ai pensé : "T'as gagné, je me lance". J'ai déclaré à tous les gens qui étaient dans la pièce, les gens de l'équipe, l'ingé son : "Bon, alors je vous préviens, je ne sais pas du tout ce que ça va donner, ça pourrait être très gênant. Peut-être le moment le plus gênant de toute ma carrière devant un micro".
J'avais l'idée d'utiliser l'expression de mon ami Jimmy Scott, "nothing too much just out of sight", et on est tombé d'accord, c'était un bon point de départ. Il me restait à me mettre au micro. On avait du matériel déjà enregistré sur lequel j'allais faire la voix - la batterie super insistante et la guitare slide avec distorsion - et je savais qu'il allait falloir que je crie un peu.
Normalement en studio, je sais à peu près ce que je dois chanter, mais là ce ne fut pas le cas. J'avais gribouillé deux ou trois trucs sur un bout de papier et je m'étais lancé en attendant de voir si l'inspiration venait. D'habitude, quand je chante, je dois me contraindre à suivre une rythmique et une métrique que j'ai moi-même fixés. Là, à l'inverse, le flux de conscience n'était absolument pas limité, le résultat ressemble à un poème de la Beat Generation. Je l'ai enregistré en très peu de prises. J'étais en roue libre, je criais en essayant de trouver quelques rimes au passage. Quand on commence à écrire quelque chose, on se dit toujours : "Allez, je peux faire mieux que ça", mais là, comme tout fonctionne par association d'idées, c'est impossible de préparer quoi que ce soit. On peut juste partir de la première poignée de rimes.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.










