Uploaded June 2025 | Updated September 2026, 5 days ago
La chanson abordait la question de la solitude, avec l’espoir de créer une caisse de résonance chez les auditeurs. Il y a ces paroles au début : « Eleanor Rigby / Picks up the rice in the church where a wedding has been / Lives in a dream » (« Eleanor Rigby / Ramasse le riz dans l’église après les mariages / Elle vit dans un rêve »). C'est un peu étrange de ramasser le riz après les mariages. Est-ce que ça veut dire qu’elle était femme de ménage, ou qu’elle n’était pas invitée et qu’elle ne faisait que regarder de loin la cérémonie ? Comment s’était-elle retrouvée là ? Je voulais quelque chose de plus poignant que le fait de la montrer en train de nettoyer après la cérémonie, ça s’est donc recentré sur cette personne et sa solitude. Quelqu’un qui ne se mariera probablement jamais, qui ne fera qu’en rêver.
Allen Ginsberg m’a confié que c’était un super poème, et j’ai envie de lui faire confiance, il s’y connaît un peu. Un autre admirateur précoce de cette chanson a été William S. Burroughs qui, comme chacun sait, fait partie de ceux qui se sont retrouvés sur la pochette de Sgt. Pepper. On s’était rencontrés tous les deux grâce à l’auteur Barry Miles, et à la librairie Indica. Il a vu la chanson prendre forme, littéralement, quand j’allais travailler dans le studio qu’on avait installé pour enregistrer du spoken-word, de la poésie orale, au rez-de-chaussée de l'appartement de Ringo, sur Montagu Square. Le projet qu’on avait avec ce studio, c’était d’enregistrer des poètes – et c’est quelque chose que nous avons fait sérieusement quelques années plus tard avec le label expérimental Zapple, une filiale d’Apple Records. Je faisais des expériences avec les bandes magnétiques à cette époque-là, en utilisant un magnétophone Brenell – que je possède toujours –, et on commençait à intégrer de plus en plus de nouvelles choses dans nos chansons. « Eleanor Rigby » a fini sur l’album Revolver, où pour la première fois nous enregistrions des chansons qui ne pouvaient pas être jouées telles quelles sur scène – comme « Tomorrow Never Knows ». Donc, Burroughs et moi traînions ensemble, et il m’avait emprunté le magnéto à plusieurs reprises pour travailler sur ses cuts-ups, ses collage de texte. Quand il a entendu la version finale d’ « Eleanor Rigby », il m’a dit combien il était impressionné par tout ce que j’arrivais à raconter en trois vers. J’ai eu le sentiment d’avoir franchi un palier dans l’écriture des textes – c’était du sérieux, cette chanson.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd'hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
La chanson abordait la question de la solitude, avec l’espoir de créer une caisse de résonance chez les auditeurs. Il y a ces paroles au début : « Eleanor Rigby / Picks up the rice in the church where a wedding has been / Lives in a dream » (« Eleanor Rigby / Ramasse le riz dans l’église après les mariages / Elle vit dans un rêve »). C'est un peu étrange de ramasser le riz après les mariages. Est-ce que ça veut dire qu’elle était femme de ménage, ou qu’elle n’était pas invitée et qu’elle ne faisait que regarder de loin la cérémonie ? Comment s’était-elle retrouvée là ? Je voulais quelque chose de plus poignant que le fait de la montrer en train de nettoyer après la cérémonie, ça s’est donc recentré sur cette personne et sa solitude. Quelqu’un qui ne se mariera probablement jamais, qui ne fera qu’en rêver.
Allen Ginsberg m’a confié que c’était un super poème, et j’ai envie de lui faire confiance, il s’y connaît un peu. Un autre admirateur précoce de cette chanson a été William S. Burroughs qui, comme chacun sait, fait partie de ceux qui se sont retrouvés sur la pochette de Sgt. Pepper. On s’était rencontrés tous les deux grâce à l’auteur Barry Miles, et à la librairie Indica. Il a vu la chanson prendre forme, littéralement, quand j’allais travailler dans le studio qu’on avait installé pour enregistrer du spoken-word, de la poésie orale, au rez-de-chaussée de l'appartement de Ringo, sur Montagu Square. Le projet qu’on avait avec ce studio, c’était d’enregistrer des poètes – et c’est quelque chose que nous avons fait sérieusement quelques années plus tard avec le label expérimental Zapple, une filiale d’Apple Records. Je faisais des expériences avec les bandes magnétiques à cette époque-là, en utilisant un magnétophone Brenell – que je possède toujours –, et on commençait à intégrer de plus en plus de nouvelles choses dans nos chansons. « Eleanor Rigby » a fini sur l’album Revolver, où pour la première fois nous enregistrions des chansons qui ne pouvaient pas être jouées telles quelles sur scène – comme « Tomorrow Never Knows ». Donc, Burroughs et moi traînions ensemble, et il m’avait emprunté le magnéto à plusieurs reprises pour travailler sur ses cuts-ups, ses collage de texte. Quand il a entendu la version finale d’ « Eleanor Rigby », il m’a dit combien il était impressionné par tout ce que j’arrivais à raconter en trois vers. J’ai eu le sentiment d’avoir franchi un palier dans l’écriture des textes – c’était du sérieux, cette chanson.
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd'hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.






![Sigur Rós (Peel Session 2000)
Groupe rock avant-gardiste islandais créé en 1994, Sigur Rós mêle musique classique et minimaliste ainsi que du rock progressif. Le groupe se baptise du prénom de la sœur du chanteur et guitariste du groupe, Jón Þór Birgisson, Sigurrós, qui venait alors de naître. C’était, de plus, le prénom de sa grand-mère. Enfin, en islandais, les mots Sigur et Rós signifient respectivement “victoire” et “rose”.
Le succès du groupe arrive après la parution de son deuxième album, “Ágætis byrjun” (Un bon début) en 1999, grâce à de bonnes critiques, un bouche-à-oreille lui assurant un succès grandissant auprès du public, ainsi que l’aide de musiciens établis. Thom Yorke, ayant particulièrement apprécié cet album, propose à Sigur Rós de jouer en première partie de la tournée européenne de Radiohead, fin 2000 (après la sortie de “Kid A”).
Pour John Peel, Sigur Rós ne s’est produit qu’une seule fois en Peel session. Cet enregistrement a eu lieu le 20 août 2000 dans les studios de Radio One pour une diffusion sur les ondes de la BBC le 26 septembre de cette même année. Tracklist: 1. Track 1 [Big] (à 1’28), 2. Track 2 [Bureaucratic] (à 13’04), 3. Cold [Corporation] (à 20’25). Sigur Rós (Peel Session 2000)](https://i.ytimg.com/vi/SnsNQBcxejc/mqdefault.jpg)



