Uploaded October 2025 | Updated September 2026, 3 days ago
Le Spirit of Ranachan studio, au nom un peu grandiloquent, était en réalité une simple grange au fond de laquelle se trouvait une régie vitrée. Le mot d'ordre, à cette époque-là, était la loufoquerie - les vêtements aux couleurs criardes, le punk et le disco -, et quoi de plus loufoque que "Old Siam, Sir" ? Si je devais hiérarchiser les éléments de cette chanson, je pense que les paroles viendraient en troisième position, après l'ambiance du morceau et l'attaque de la voix. Je m'amuse à faire des allitérations, à jouer avec les mots - "waited" et "Walthamstow", "scouted" et "Scarborough". Si je continue de ressentir un peu de gêne vis-à-vis de cette chanson, c'est, je crois, parce qu'elle ne veut pas dire grand-chose.
Mais je ne devrais sans doute pas trop m'en faire parce qu'elle n'a pas forcément besoin de signifier quoi que ce soit. Cette chanson a un côté absurde, mais quand on a lu des choses comme le poème "Jabberwocky" de Lewis Carroll, on est autorisé à faire à peu près n'importe quoi. Il faut également dire que la chanson décrit une émigrante asiatique au Royaume-Uni et donne une idée du choc culturel qu'elle subit. Quatre-vingt-dix-huit pour cent de mes chansons naissent d'une idée de musique, et non d'une idée de paroles, et il est probable que cette chanson ait commencé avec le riff qu'on y entend. Quand je compose, des paroles me viennent parfois à l'esprit, surtout en lien avec un riff, elles suivent la musique en servant le chant. Ce sont de fausses paroles que j'utilise en attendant de finaliser la structure de la chanson. Il n'est pas impossible que les paroles de cette chanson-ci soient restées en "faux texte".
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.
Le Spirit of Ranachan studio, au nom un peu grandiloquent, était en réalité une simple grange au fond de laquelle se trouvait une régie vitrée. Le mot d'ordre, à cette époque-là, était la loufoquerie - les vêtements aux couleurs criardes, le punk et le disco -, et quoi de plus loufoque que "Old Siam, Sir" ? Si je devais hiérarchiser les éléments de cette chanson, je pense que les paroles viendraient en troisième position, après l'ambiance du morceau et l'attaque de la voix. Je m'amuse à faire des allitérations, à jouer avec les mots - "waited" et "Walthamstow", "scouted" et "Scarborough". Si je continue de ressentir un peu de gêne vis-à-vis de cette chanson, c'est, je crois, parce qu'elle ne veut pas dire grand-chose.
Mais je ne devrais sans doute pas trop m'en faire parce qu'elle n'a pas forcément besoin de signifier quoi que ce soit. Cette chanson a un côté absurde, mais quand on a lu des choses comme le poème "Jabberwocky" de Lewis Carroll, on est autorisé à faire à peu près n'importe quoi. Il faut également dire que la chanson décrit une émigrante asiatique au Royaume-Uni et donne une idée du choc culturel qu'elle subit. Quatre-vingt-dix-huit pour cent de mes chansons naissent d'une idée de musique, et non d'une idée de paroles, et il est probable que cette chanson ait commencé avec le riff qu'on y entend. Quand je compose, des paroles me viennent parfois à l'esprit, surtout en lien avec un riff, elles suivent la musique en servant le chant. Ce sont de fausses paroles que j'utilise en attendant de finaliser la structure de la chanson. Il n'est pas impossible que les paroles de cette chanson-ci soient restées en "faux texte".
Extrait de "Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui", traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023.




![The Beatles - Ive got a feeling (take 1 / live Apple Corps rooftop, London 1969)
Cette chanson est un mariage de dernière minute entre une chanson que j’avais écrite, intitulée « I’ve Got a Feeling », et une de John, « Everyone Had a Bad Year ». Ce qui m’intéressait le plus, quand j’écrivais avec John, c’était sa capacité à toujours poser un regard différent sur les choses. Si, dans « Getting Better », je proposais « It’s getting better all the time » (« Ça va de mieux en mieux »), John ajoutait tout de suite « It can’t get no worse » (« Ça ne pourrait pas être pire »), ce qui ouvrait tout de suite de nouvelles perspectives.
[...] Je continue à écrire des chansons, et je sais bien que John n’est plus là mais je l’entends toujours me murmurer des choses à l’oreille. Je pense souvent à ce que John m’aurait dit – « C’est trop mièvre ! » – ou à ce qu’il m’aurait proposé. C’est ça, de toute façon, écrire des chansons : il faut arriver à regarder par-dessus son épaule. Désormais, je suis tout seul. Et quand on me demande comment c’était de travailler avec John, je dis toujours que c’était plus facile – nettement plus facile, parce qu’il y avait deux cerveaux qui travaillaient de concert. Le mien faisait une chose, le sien une autre, et l’interaction entre les deux était proprement miraculeuse. C’est pour ça que des gens continuent à écouter les chansons qu’on a écrites. Elles n’ont pas été oubliées. En écrivant à deux, on arrivait à créer une atmosphère qui n’avait rien de mièvre. Une ambiance au sein de laquelle on a réussi à grandir, à essayer de nouveaux trucs – et accessoirement à apprendre deux ou trois choses. Puisque John n’est plus là, je ne peux plus discuter du bon vieux temps. Je ne peux pas non plus me dire que j’aimerais qu’il soit encore là. Non seulement il m’est impossible de le remplacer, mais surtout je n’en ai pas besoin. Un jour quelqu’un a demandé à Bob Dylan pourquoi il n’écrivait pas une nouvelle chanson comme « Mr. Tambourine Man » et il a répondu : « Je ne suis plus ce type-là. » C’est exactement la même chose pour moi.
Extrait de Paul McCartney : paroles et souvenirs, de 1956 à aujourd’hui, traduit de l’anglais par Hélène Borraz, Raphaël Meltz, Louise Moaty et Morgane Saysana. Editions Buchet Chastel, 2023. The Beatles - Ive got a feeling (take 1 / live Apple Corps rooftop, London 1969)](https://i.ytimg.com/vi/x0OBniHtpSQ/mqdefault.jpg)





